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2016.11.27

voici que tu viens à manquer, à paraitre 2017

éditions Le chat qui tousse

 

extrait

et par ailleurs c’est rapportent-elles, cette courante étrangeté que ce bout un peu d’elles quelque part déjà ailleurs, ou que ce couru d’avance on va en pleurer maintenant et adorer ça auparavant qu’encore dit demain je et tu sais n’aurons pas fini les largesses promesses à la taille de nos mains ça suit son cours


 

 

 maison d'édition de poésie contemporaine

Franck Cottet, 17 rue du Président Kennedy 44260 Savenay

http://tiens.pagesperso-orange.fr/chatquitousse 

 

2016.11.20

© Compte de femmes

Compte de femmes, paru en janvier 2015, Approches éditions, coll. textes nus

 comptedefemmes.jpg

extrait (ça commence comme ça...)

Durant le long voyage

(adossée aux pensées aux idées)

elle regarda insuffisamment les paysages et les fruits et les fleurs à cueillir les lieux les ciels qu’offrait sa terre

elle chercha veilla les hommes et leurs entendements mais rencontra les femmes

 

ISBN : 978-2-918526-32-2

recueil épuisé, mais quelques-uns disponibles auprès de l'auteure

Approches Editions, Erwann Rougé

Le Bourg

  03 360 Vitray

http://approches-editions.blogspot.fr 

corinne.lelepvrier@orange.fr

 

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une lecture d’Angèle Paoli, décembre 2016, in Terres de femmes

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2016/11/corinn...


CONTE DE LA « NOUVELLE SECONDE FEMME »


Combien sont-elles au juste ? Difficile de faire le “dé-compte” avec précision. Elles se fondent les unes aux autres se confondent s’entremêlent. Se dérobent à une saisie unique. Elles forment toutes ensemble une longue étole de mailles, à la fois distinctes et floues, d’où émerge le visage (et les visages) de celle qui s’aventure à recomposer (avec elles et pour elle) son existence. Elle, c’est Corinne Le Lepvrier, poète et conteuse. Avec ce bref opus d’une écriture subtilement elliptique, une plaquette de dix pages en vingt-deux paragraphes, la poète se lance dans un voyage haletant et serré dans sa propre vie. En amont et en aval. Anticipations et montaisons du fleuve. Avec regards en arrière, à la manière d’Eurydice. De ce cheminement — un rebrousse-temps en premier lieu, qui s’immisce dans le présent pour filer vers un avenir proche — où « elle chercha veilla les hommes », ce sont les femmes qu’elle rencontre. Mère aïeules amantes filles et jusqu’à « l’inconnue déjà là », la non-nommée, Compte de femmes en est l’histoire. Et la poète, le maillon fort.

De chacune de celles qui ont compté pour elle à un moment de sa vie, la narratrice a quelque chose à apprendre. De chacune d’elles elle reçoit. L’expérience de la maladie et de la mort ; celle de l’« amitié-complicité » et celle d’une forme de bonheur. Avec celle qui vient « d’une contrée plus chaude et ventée » (une conteuse, elle aussi ?), elle revit le souvenir de « sa mère-silhouette sans cheveux ». Souvenir qui ravive en elle sa douleur d’enfant. Ailleurs, d’autres l’invitent à les rejoindre dans leurs joutes amoureuses. Tous ces dons constituent l’essence même du conte de fées. Autant dire que ces dons sont loin d’être toujours bienveillants. Cependant la plupart des femmes rencontrées en chemin l’aident à aller de l’avant dans son « parcours » singulier ; elles la soutiennent, la guident et lui montrent la voie pour se défaire de ses peurs, « l’invitant à enjamber la passerelle [...] regarder suffisamment affirmer le parcours déjà écrit tracé (peut-être fruit) ». Tout cela est suggéré, souvent de manière énigmatique ou estompée, plutôt qu’exprimé dans la crudité d’une réalité brute.

Dans son enfance, la poète se voit en jeune guerrière audacieuse, dressée contre les austérités de ses aïeules, transmises de génération en génération. Elle est celle qui se rebiffe en sa jeunesse fougueuse mais aussi celle qui « écarterait loin de ses attentions de ses lignées lignes
origines racines
dès que-suite à la mère morte. »

De paysages en visages, entre plus tard et ailleurs, la narratrice découvre d’autres histoires. Et, avec chacune d’elles, d’autres modes d’être. Avec ses deux filles, si différentes l’une de l’autre, elle fait l’expérience des contraires. Ce qu’elle avait appris de l’aînée ne vaut pas pour la cadette. L’aînée lui « demanderait de changer à une heure
d’une douce permanence
de l’être ».
La puînée au contraire
« lui demanderait de ne pas changer à
une heure d’un imminent désir d’être autre ».

Toutes deux se rejoignent dans la leçon commune qu’elles donnent à leur mère : celle de la « nécessité-beauté »/« beauté-nécessité » de « l’attachement-détachement ». Mais elle, la mère, où est-elle au juste ? Quel est son désir ? Assurément dans l’écriture. C’est là son port d’attache, son lieu de vie et son lieu d’être. Pour celle qui soudain se découvre vieillissante, soumise comme tant de ses sœurs au « jeu des saisissements et des déplacements » amoureux, se mettre en quête d’une autre elle-même relève d’une nécessité. Une autre elle-même qui donnerait naissance à « une nouvelle seconde femme ». Une nouvelle Ève en quelque sorte. Celle-là même qui contiendrait et rassemblerait en elle toutes celles qui l’ont aidée à se construire et qu’elle a aimées. Seule l’écriture peut permettre pareille symbiose ; pareille magie. Même si l’écriture est apparemment déstructurée, comme l’est celle de Corinne Le Lepvrier. Comme peut aussi l’être une vie. Une écriture qui procède par juxtapositions et pluralité de collages, à la manière des cubistes. Déconcertante, en somme, comme l’est toute vie qui diffère de la nôtre. Et qui pourtant rejoint celles de toutes les femmes. Prises dans la nécessité de couper des liens pour pouvoir en créer d’autres. Et parvenir à les assumer.

Au début du voyage, la poète était celle qui, dans sa jeune inexpérience, regardait « insuffisamment les paysages et les fruits et les fleurs à cueillir les lieux les ciels qu’offrait sa terre ». Après sa traversée dans l’existence, elle est celle qui se définit comme « éprise de la nécessité du geste de considérer les paysages et les fruits et les fleurs à cueillir les lieux les ciels jusqu’ici ignorés ».

Parvenue au terme de son cheminement, la « nouvelle seconde femme » se découvre soudain allongée étirée grandie. Comme nombre d’héroïnes des contes de nos enfances. Grandie par le regard qu’elle porte sur le monde qui l’entoure. Grandie par le regard qu’elle porte sur ses présences modestes. Un beau parcours que ce Compte de femmes. Riche d’enseignements. Riche de désirs.


Angèle Paoli

 

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Une note de lecture de Sanda Voica, in Paysages écrits N°26, décembre 2015


Pourquoi les femmes ?

Un vrai roman dans sept pages poétiques : l’exploit de Corinne Le Lepvrier est de taille, car chacune des femmes évoquées renvoie à chacune des femmes possibles – connues par le lecteur – et donc chaque fragment gonfle, gonfle dans notre tête et devient le chapitre d’un très grand livre. A écrire ? Non : l’esprit poétique de l’auteur est archi suffisant pour qu’on voie et vive avec la mère, la sœur, la grand-mère maternelle, l’arrière-grand-mère, l’amie, la possible bien-aimée, sa première fille, sa deuxième fille, « l’inconnue déjà là » (= la Mort ?), mais aussi « cette femme d’une contrée plus chaude et ventée / qui massant remuant son corps (à ce moment-là tari diminué) / troublant sa gorge voix parole (à ce moment-là envahie augmentée) rappela sa mère-silhouette sans cheveux front si dégagé menton avancé sans dire / cela se voyant se pleurant / et la douleur d’être l’enfant encore (dans un désert) ».

Sans passer sous silence « l’une (probablement un animal) / [qui] porta le musculeux et rusé projet de l’aimer rapidement toutes à la / fois l’aimer confusément telle fille-amante-mère de la sorte / qu’elle sustenta comme si de rien caressa / avant que de disparaitre entièrement ce qu’elle n’oublia pas ».

Et surtout celle-ci – la poète même, autoportrait possible, à nos yeux : « Celle une et pas seule qui tout le jour tout le temps marchait d’un pas grand et lent devant l’attente d’un homme à venir et parlait aux pierres tout le long / convoqua dans le secret des anges à toute fin d’enclore sa peur protéger ses enfants sa demeure des ombres capables de l’autre côté noirceurs / et sauva ainsi (il se peut) sa vie au bord de sa route alors encombrée mais pas seulement. »

La poète sauve sa vie par le fait de l’écrire, la mettre en mots si succincts et justes. La conter – et tout va bien, pour elle et pour les lecteurs, car le plaisir d’écouter et lire ces contes super-brefs s’empare de nous.

Même si la poète n’est pas la seule à dire « la contrariété la contradiction d’être et des choses », car d’autres femmes ont su et savent être « conte ». Se transformer en conte, quoi de plus exquis pour un écrivain !

Et Corinne Le Lepvrier le réussit, à travers ces quelques pages denses, où l’énumération des femmes qui ont compté pour elle se transforme – tout compte fait, en conte ! Histoire magique des femmes, mais surtout « des existences des piétinements des silences qu’elles firent revenir de leurs mains alternées sensiblement pareillement gorgées à rejouer les choses du monde ».

Pourquoi les femmes ? Peut-être aussi parce que la poète, à travers toutes celles évoquées, «[…] s’entrevit nombreuse ». Une façon particulière aussi de s’adresser « à l’enfant la fillette debout qu’elle fut petites joues petite moue devant ses premières marches ses âges ».

Et ce « Compte de femmes » s’avère finalement un avancement « un peu plus en avant vers le jour suivant (maintenant coïncidant tout autant hier qu’après-demain) ».

Surtout qu’il s’agit « d’Un jour suivant n’appartenant à aucune saison / ayant pris connaissance de nouveau connu que les premières-dernières fois-choses sont toutes ainsi comme papillons-manifestations ».

Tout en étant elle-même et toutes les autres femmes, la poète se voit quand même tendre vers une nouvelle femme ou une nouvelle naissance : « Et s’attendait une escale sa terre de suivre continuer / celle qui profiterait-grandirait de ses bras levés au ciel levés de soleil/ dans toute leur longueur-horizon/ et l’allongerait l’étirerait vers une nouvelle seconde femme ».

Sanda Voïca

Paysages écrits : Revue numérique de littérature et de poésie actuelles ouverte aux arts visuels (photographie, peinture, dessin, etc.) Sanda Voica et Samuel Dudouit

 https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/

 

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Publié dans Compte de femmes

2016.07.22

une histoire très courte d'une fille qui avait une mère et voulait l'écrire, à paraitre automne 2016

éditions La porte

extrait

la présomption de l'’existence d’une autre forme de vie avait démarré

 

avec elle

 

la possibilité de la variation la nécessité de trouver

c’est elle qui m’avait mise en lien avec cette idée

 

il n’est pas certain que cela me serait venu de moi-même puisqu'à ses côtés contre elle à sa recherche il semblait

manifeste que les formes respectives des uns et des autres étaient discutables et-ou inappropriées comme si

chacun pouvait s’être trompé si bien que pourquoi cette forme là quelles autres peut-être et puis sans doute

étaient-ce là les questions que véritablement nous nous posions ou que nous évitions

 

 

 

La micro maison d’éditions La Porte est dirigée par Yves Perrine.  Depuis des années, avec son épouse Monique, il plie, assemble et coud des recueils de poésie de quelques 16 ou 24 pages, rectangulaires au format 10×14 et à la jaquette toujours ivoire, cousus main et numérotés à 200 exemplaires.
À l’enseigne de la revue Poésie en voyage, les éditions La Porte d’Yves Perrine nous proposent, dans la tradition des rares et précieux “minuscules”, des ouvrages de nombreux auteurs comme Bernard Noël, Jean Rousselot, Andrée Chedid, Hélène Cadou, Max Alhau, Gilles Baudry, Antoine Emaz, Jean-Pierre Boulic, Jacques Ancet, Jean Lavoué, Marcel Migozzi, Gabrielle Althen, Guénane…
Avec toujours une prédilection pour les textes brefs, qu’il distille six fois par an par abonnement. Chaque recueil est tiré à 200 exemplaires et reste disponible au prix de 3,80 euros à l’adresse d’Yves Perrine (Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 Laon).
(Denis Heudré)

2016.06.21

Plaquette / -36° édition -la vachette alternative-

© dedans-dehors (acceptions, acceptations, provocations), - 36° éditions, collection 8p46, avril 2016

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extraits

 

dedans-dehors

nom féminin variant en nombre, antonymique de dedans-dehors. Fusion fondamentale entre l'extérieur et l'intérieur.

*          *          *

adv. dedans

1. À l'intérieur de qqch, d'un lieu : J'ai perdu mes enfances et mes clefs sont dedans. Je t’en prie elle lui dit entre il fait bien meilleur dedans je crois parfois. Plus je regarde plus c’est dedans, il faudrait partir plus loin.

*          *          *

loc. adv de dehors

Sans y paraitre, des petites phrases qui surgissent de dehors percutent, agissent impudiquement sa vie. (= de l'extérieur).

 

" la dialectique de l'in et de l'out revisitée à l'aune du couple" selon l'éditeur

 

5 euros

commande auprès de l'éditeur 

http://www.edition-36.net/8pa6.html

ou de l'auteur

2014.12.09

Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d'oiseaux -pour aider-)

Manuscrit paru aux éditions Lanskine, décembre 2013

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finaliste du prix des Trouvères 2012

mention spéciale prix de la Poésie de la Ville du Touquet 2012

 

poème narratif

 

 

 

On ne vit pas longtemps comme les oiseaux dans l'évidence du ciel, Philippe Jacottet

 

Présentation

Au fil de la disparition et du deuil d’un père -dans sa quotidienneté et son travail-, le temps d'un printemps, le temps tendu à répliquer à ce qui se présente comme une interpellation et un appel : Pourquoi la vie est si belle ? (chanson d'Arthur H). Un poème se fait fragments, "bandeaux" de prose, petites phrases solitaires, forme déliée que des présences-puissances de contact-reliance au réel et au symbolique viennent soutenir (la voix de l'enfant Néo, la manifestation d'oiseaux) ; vers un chant intérieur peut-être possible.

 

ISBN : 979-10-90491-13-7, 12 euros

les éditions www.editions-lanskine.fr

 Commande : fnac, auprès de l'éditeur, en librairies ou encore un mail vers l'auteure (frais de port inclus))  corinne.lelepvrier@orange.fr

 

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une note de lecture de d'Armelle Leclercq,in Contre-allées n°30/36,automne-hiver 2014

Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d’oiseaux –pour aider-) Corinne Le Lepvrier, ed Lankskine.

Encore un deuil. Il s'agit de fragments, presque d'aphorismes. La découpure ajoute au fond. De même que la présence d'un enfant, Néo, dont le questionnement sur la mort de son grand-père rend la disparition de ce dernier plus poignantes, avec ce mélange d'innocence et d'irrémédiable : "Néo a demandé si on pouvait redoubler son âge". Présence de Brest, de Saint-Nazaire, recueil ancré dans la partance, les ports, le "coffre de pirate". Et cet aveu qui dit tellement ce qu'on peut ressentir : "C'est avec toi que je voulais te pleurer". Une belle écriture, dans le direct de l'expression. Qui exprime cette transition difficile que de perdre ses parents : "Ta voix qui disait mon prénom me nommait". Jusqu'à la déchirure finale de l'annonce mentale : "Maman, papa aussi est mort".

Armelle Leclercq

 

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une note de lecture de Marie-Christine Masset,in Phoenix n°15,décembre 2014

Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d’oiseaux –pour aider-) Corinne Le Lepvrier, ed Lankskine.

Le titre du recueil agit comme un emblème. Il est tel un éclat de soleil sur une vitre quand un être aimé (le père) gît dans la pièce d’à côté. Comment supporter la beauté ? Est-elle insulte à la douleur ou réponse douce ? Il est peu de recueils de cette ampleur. Corinne Le Lepvrier a le don de poésie, elle a le don de la vie. Les poèmes s’apparentent à des stances, les quatrains, distiques, vers isolés, se succèdent, chant de vie, éclosion des images de l’existence en paysages où, oui, la vie est si belle. Ecrire ce recueil, me recueillir, te recueillir. Le lecteur entend chaque vibration de la voix. Il pénètre un univers où le deuil se fait transfiguration, sans omettre ne serait-ce que l’empreinte du passage d’un oiseau sur le sable. Le verbe est juste, d’une infinie douceur. Les cartes noires ne sont pas dissimulées, pas de faux-semblant dans cette écriture, la souffrance est écrite telle qu’elle est ressentie : Tu n’es pas que mort comme enfant, premier oiseau que l’on surprend mort, la tête tombée sur un côté, les pieds cachés. L’auteur applique ce conseil de son père pour la taille des arbres : surtout ne pas hésiter à avoir la main lourde : ce recueil n’est que poésie.

En émane la clarté du vrai, clarté reçue par cet amour de la vie jamais délaissé et encore moins au nom de la perte. Rien n’est cependant voilé de la peine : Je suis la personne la plus vieille que je devrai aimer (profiter ?) Maman, papa aussi est mort. La déréliction, si elle est envahissante, ne fige aucun élan. L’oiseau est là, les oiseaux, ai-je écouté les oiseaux comme cela avant ? et la parole de l’enfant, poignante, sa pureté, anéantissent toute commisération. Les phrases de Néo sont la pluie qui humecte les jeunes pousses dans mon jardin. Je comprends ta douleur maman, en plus petit. L’enfant parle, la mère écrit, les oiseaux volent. Invisibles, les signes se posent sur la vie, l’auteur les recueille, les fais siens, la poésie du langage répond à cette question : Où est-ce que ça vit ce qu’on écrit ? et c’est  toute la force de ce recueil.

A cette autre question, lucide, courageuse : Ecrirai-je un jour pourquoi la vie est si belle sans recours à Néo et aux oiseaux ? la réponse est là, dans la grâce du verbe, sa beauté, où commence le ciel.

Marie-Christine Masset

revue Phoenix www.revuephoenix.com/

 

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une note de lecture de Sanda Voica,in Paysages écrits n°22,décembre 2014

http://www.calameo.com/read/001677772f8e0c80ca400

 

Des évidences qu’on ne sait pas nommer

ou 

La Béance colmatée

 

Pourquoi la vie est si belle ? La première partie du titre, pour ceux qui ne connaissent pas Arthur H, apparaît dans quelques paroles d’une de ses chansons, « Confessions nocturnes », et que nous lirons à la fin du recueil. La deuxième partie du titre, plus mystérieuse, nous incite à voir (de très près) qui est Néo, et ces oiseaux : pour aider qui ou à quoi ?  

Dès les premiers pages nous nous rendons compte que c’est un recueil atypique : ni des poèmes, ou des fragments (en prose), ni des notations ou pensées, ou aphorismes, ni journal ou que sais-je encore… L’auteure elle-même, sur son blog [1], appelle ce volume « Prose poétique ou poème narratif ». 

Mais il y a une phrase dans le livre qui décrit, sous une forme métaphorique, son contenu aussi, quand elle affirme: « Aujourd’hui j’ai ouvert des tiroirs, trouvé une multitude de pochettes, feuilles, notules, annotations ; prélèvements, proliférations, ajouts, amassement ; cailloux. » (p. 31)

Nous avons vu dans ce recueil plutôt des Propositions : des propositions d’abord dans le sens grammatical du mot, mais surtout dans le sens d’offres, de choses qu’elle nous donne ou nous montre – sorties de ses coffres (secrets). Propositions que j’ai ressenties même comme des offrandes.  

Offrandes de paroles… Ex-voto même : non pas dédié explicitement à un dieu ou saint, mais justement l’écriture ayant eu de manière sous-jacente comme visée de trouver celui à qui adresser sa « prose poétique », par le biais du lecteur.  Accumulation, amoncellement de souvenirs, détails quotidiens, réflexions-questionnements, lectures-opinions, autoréférences à ses autres textes publiés, etc. – tout comme pour contrecarrer un de ses autres titres (livres) : il ne suffit pas d’un tas de cendres pour faire un homme. Mais il a suffi d’écrire ces quelques dizaines de pages pour faire un livre ! Mais un livre « Où les phrases sont tout à la fois détachées et solidaires les unes des autres. » (p. 24)  Traversées.  Un récit, peut-être, mais surtout des phrases : « Je suis des phrases isolées. » (p. 41)

Livre aux multiples passages – autre titre de Corinne Le Lepvrier, livre aux passerelles : d’une proposition à l’autre. Réseau de mots pour dire une douleur ou plusieurs, comme les joies – et leur dépassement – pour une joie encore plus limpide. Pour le chant : « Quel est le chant de l’homme ? quelle est sa danse ? que fêtons-nous (d’ailleurs) ? » (p. 34)  Et le chant est arrivé : « Ce que j’ai entendu était un chant » - était déjà arrivé : à l’origine même du livre.  Et qu’il s’agisse de la POESIE, il n’y a aucun doute :  « La dimension narrative des vies, la tentation de la narration, l’absence d’une trame nette, (la poésie). » (p. 37)

L’auteure est accompagnée de Néo – sa voix et ses paroles la traversent au point de se les approprier et devenir aussi Néo, son petit garçon, le temps de l’écriture. Redevenir celle d’autrefois par le biais son fils. Il y a aussi la voix du père qui résonne de temps à autre, mais restant en « arrière-plan », pendant que celle de Néo et l’auteure occupent le premier plan… 

Opposés, mère et fils, père et fille, et en même temps identiques…Une triade interchangeable : et par-dessus les trois… l’autre Père (Dieu) : « Quand je te cherche : je cherche Dieu ; ça commence à fonctionner ensemble. » (p. 53) 

Une dichotomie permanente, une chose et son contraire voisinent : vie et mort, automne et printemps, l’un et l’autre, le bateau qui « quitte » ou « accoste » mais « partance des autres » (mouvement et immobilité) ; ou : « Brest détruite reconstruite » ; « l’incroyable ouverture du regard [de] celui qui mourrai »t – en l’occurrence, son père ; « ce qu’on laisse » et « ce qu’on amène avec soi » ; nuit et jour. Mort et non-mort : « Tu n’es pas que mort. » (p. 12) ; « ceux qui connaissent bien les noms des oiseaux, ceux qui ignorent leur existence » (p. 23) ; « Me défaire me refaire ? » (p. 27) ; « Créer ou détruire (D. Anzieu) » p. (41). 

Et comme un couronnement – synthèse ! – de ces oppositions permanentes, cette phrase : « On était dedans, on était dehors : dans la pièce, on était la pièce où se retirer, contenu et contenant ; les frontières s’estompaient (comme terre, mer et ciel en accord – définitif – sur une couleur) ; toi seul en est mort. » (p. 8)  Les frontières s’estompent entre les opposés : en effet, ils ne vont jamais jusqu’à la déchirure ou la rupture. Il y a comme une médiation permanente, ce qui fait que les opposés restent toujours ensemble, en équilibre, voire en harmonie. D’où la beauté de la vie et… de ce livre. Même si : « La vérité c’est qu’on ne sait pas si la vie est affaire de cohérence. » (p.22).  Mais le livre lui-même a trouvé un accord, il a même une… couleur. Reste à voir laquelle. Une très discrète, pastel, en tout cas… 

Le recueil est aussi la trace d’un enregistrement, comme celui d’un sismographe très fin, qui mesurerait l’intérieur de l’auteure – et où, justement, il n’y a pas de tremblement de terre, mais où, de temps en temps, l’extérieur s’immisce. Les phrases souvent elliptiques, les nombreuses parenthèses, les clivages de personnes – je/ tu/ il – tout cela crée un langage qui frôle la dyslexie… Mais non pas une maladive, handicapante, mais au contraire, une qu’on pourrait appeler affective, et qui serait supérieurement (par l’écriture !) maîtrisée, conscientisée…Les sens et les pensées mis sens dessus-dessous, et remis dans l’ordre par les paroles (dites-écrites-entendues-remémorées, etc.).  Car ce qui donne cet effet de dispersion, de chamboulement, ce n’est pas seulement la douleur de la perte du père (après la mère), ni la difficulté d’écrire – et il est beaucoup question de l’écriture dans le livre. Tout simplement, c’est leur distillation/ décantation. Le livre est le résultat d’un processus mystérieux – la poésie – , mais le processus reste inconnu même à l’auteur :  « Il s’est indéniablement passé quelque chose (sur la terre) (dont la mention ne figure nulle part) qui a modifié le langage. » (p.10)  Cette façon d’écrire si personnelle, nouvelle langue, frôlant la dyslexie, nous disions, est exprimée ici :  « Quelle syntaxe pour ton long sommeil ? » (p.30)  Et peut-être le moment de parler de la grande intelligence qui sourd dans les phrases, et donc l’humour qui « suinte » souvent, même quand le propos est « triste ». Mais il n’y a pas de « tristesse » dans l’art, et Corinne Le Lepvrier l’illustre (pardon pour ce dernier mot) de manière magistrale. 

L’extérieur dont nous parlions plus haut – et qui s’immisce beaucoup plus qu’attendu dans l’intérieur de l’auteure, jusqu’au point de… l’aider (à vivre / à écrire) – est souvent représenté par… les oiseaux :  « Les oiseaux on n’a pas à les chercher, ils sont là. » (p. 11)  « D’abord que les oiseaux n’ont que faire de nos miettes. » (p. 12)  « Mais que font les oiseaux de leurs parents (une fois) morts ? » (p. 14)  « (Enceinte, on voit des femmes enceintes partout) ; toi mort, du coup je vois des oiseaux partout. » (p. 13)  Alors une question nous traverse : les morts sont-ils (devenus) des oiseaux ?

Et après : « Une amie a dit : apprivoiser sa disparition ; un peu comme on le ferait avec un petit animal, un oiseau ? » (p. 12) nous dirions oui.  Même si une autre phrase voudrait infirmer ce propos : « Je ne prétends pas que tu es devenu un oiseau, je dis juste que je suis au courant que maman sillonne dans les parages ; (ce qui revient au même). » (p. 61). Elle nous conforte quand même.  « C’est avec retenue que j’évoque les oiseaux : je ne voudrais pas me tromper. » (p.25)  « Je ne possède aucun livre sur les oiseaux ; je m’intéresse à eux sans savoir(s). » (p. 33)  « Ecrirais-je un jour pourquoi la vie est si belle sans recours à Néo et aux oiseaux ? » (p.39)  « Prendre l’eau, prendre l’air, prendre les oiseaux. » (p.42)  Et surtout : « Nos oiseaux ne sont-ils pas nos (seuls) remèdes ? » (p. 18) Et du remède à l’aide il n’y a qu’un petit pas. 

Et toute occurrence du mot oiseau est pour arriver à ceci : « Au bord de ta mort, au bord de ta vie ; c’est là que je me suis sentie oiseau pour la première fois, (lorsque nous hochions la tête et acquiescions ensemble). » (p. 42).

La frontière vie-mort a été abolie et l’auteure a frôlé elle-même la mort – en tant qu’oiseau… Et : « Piaillements continus : c’est moi. » (p.35) comme une autre « preuve » de cette « coïncidence », mais aussi d’un chant possible (pour rester encore un peu dans les opposés). 

La frontière vie-mort est annihilée ici aussi : « Voilà que tu avais respiré pleuré avant moi, voilà que je respire pleure après toi ; nous avons co-existé : il n’y a aucune négation possible de cela. « (p. 42) 

La voix (rapportée) de Néo – intervenant de manière contrapuntique dans le livre – met l’accent sur ce qui nous importe le plus, tant à nous qu’à l’auteure) : 

« Néo : Maman, si tu nous appelles tous ton cœur, alors tu vas vivre cent ans. » (p. 43)

Ou : « Néo : ce serait moins triste si on mourrait tous en même temps. » (p. 45)  « Je comprends ta douleur maman, en plus petit. » (p. 29)  Et surtout : « Néo : qu’est-ce que tu écris maman ? » (p.5

Car justement, disions plus haut, il est beaucoup question d’écriture ici, à commencer par : « Le temps d’un printemps : tailler les arbustes, écrire. » (p. 6) et finir par : « Je m’en vais d’où je viens fabriquer le récit qui me fonde : les conditions sont réunies : vous ; (vous relier, l’écrire, accomplir le rêve de l’enfant calme) ».  Pour que l’auteure conclue (avant la fin) : « Perdre le père : accès au récit ; me séparer de toi, me séparer du texte, laisser partir ; vous considérer (suffisamment) aboutis. » (p.60)  Mais entre les deux il y a eu les questionnements, les doutes :  « Est-ce que je fais quelque chose (d’autre) quand j’écris ? » (p. 11)  Et : « Ecrire est aussi vaste que vivre est sa seule frontière qui m’a mise là ? » (p. 12)  « Maintenant je fabrique directement des phrases avec la pensée qu’elles s’inséreront dans un livre ; (on croit trouver une formule magique et on se transforme en crapaud). » (p. 13)  « Je ne sais plus si nommer fait vivre, si les phrases sont des êtres vivants (comme moi). » (p. 14)  « Nos vies, nos textes fragiles. » (p. 16) 

La poésie dit la vérité, comme la vérité qui se trouve dans la bouche des enfants : « Je sais pas pourquoi maman mais en ce moment j’ai envie de te prendre dans mes bras.» (p. 21) Cette phrase de Néo est de la pure poésie. Et je la cite ici, et non pas dans les occurrences des phrases de Néo, mais parce qu’elle peut très bien faire la preuve que la poésie frôle le langage des enfants.

Et pour revenir à l’écriture :  « Où est-ce que ça vit ce qu’on écrit ? » (p. 25) Cette fois-ci les paroles mêmes de la mère (l’auteure) frôlent l’enfance.  Les certitudes qui virent au doute : « Arrêter la phrase au moment où elle peut apparaître ou disparaître : ajouter, soustraire ? » (p. 28)  Mais il y a aussi des vraies certitudes : « […] les phrases sont des agissements. » (p. 27) 

La coïncidence vie / mort / écriture : « Toi ; l’existence à dire(s). » (p ; 28), de même que dans : « Hier j’ai senti un glissement : dans mon écriture : ma mère. » (p. 29) 

Le doute qui revient :  « Croire que l’on avance avec les mots. » (p. 34)  Et : « faire comme le soleil : avec ferveur et sans mots. » (p. 34)  Et tout cela pour colmater un peu, remplir - ? – la Béance, le manque, l’absence :  « Unir les cailloux, colmater, aboutir les textes. » (p. 44)  Et si on a tellement insisté sur les oiseaux et sur l’écriture, ce n’est peut-être pas si innocent que ça : entre eux, les gens et les mots il y a une équivalence, ce qui a été mis en évidence par l’auteure même :  « La mesure des choses, entre toi et ma mère : […] ; combien de mots combien d’oiseaux entre vous ? » (p.19)  Et la réponse à la question « Pourquoi la vie est si belle ? »  « […] ; je fais des listes de listes. » (p.57) 

Nous avons beaucoup aimé ce livre, mais sans avoir pu dire vraiment pourquoi.  Peut-être un peu comme Néo :  « Je sens que je suis amoureux mais je ne sais pas de qui […]. » (p.52).  

 

Sanda Voica

 

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une note de lecture de Frédérique Germanaud,in site atelier du passage, aout 2014

Pourquoi la vie est belle ? (Avec Néo et un peu d’oiseaux – pour aider)

Corinne Le Lepvrier, Editions Lanskine

De Saint-Nazaire à Brest, d’une fille à son père, de la vie à la mort. Ce livre, celui d’un printemps (deux dates l’encadrent, 21 mars 2012, 21 juin 2012) est tout en allers et retours. Il s’ouvre 5 mois et 10 jours après la mort du mort, la précision frappe d’emblée, la lecture confirmera ce sens du détail, du concret.

La beauté de ce recueil tient plus à sa lumière qu’à la douleur d’une fille après le décès de son père. Lumière de Néo, l’enfant que la mort atteint, qui, sans masque social, s’interroge, met des mots sur la peine de sa mère. L’émotion se tisse avec des questionnements simples, essentiels, parfois mis dans sa bouche. Celle des oiseaux, présence constante et rassurante, vivante. Celle des tâches à accomplir qui font et fondent l’existence, tailler les arbustes, entretenir un jardin, écrire, se déplacer, vivre, mourir, ces tâches mises à plat et à nu dans leur caractère essentiel et non hiérarchisé. « C’était nous et la tâche immense à accomplir, mourir ; c’était nous et la tâche immense à accomplir, vivre ; s’user (à chaque fois) aux recommencements des tâches ».

Corinne Le Lepvrier nous livre un texte sobre. La souffrance qui se lit en filigrane constitue une force, une poussée de vie. Le lecteur entend une voix bienfaisante. Ce qui persiste après la lecture du recueil est peut-être, paradoxalement, la survivance du père. La mort n’équivaut pas au néant et la frontière entre vie et mort est floue. Des regrets maintiennent le lien « (te montrer mon premier recueil de poèmes, mais tu commençais déjà à mourir) », mais pas seulement : d’anciennes paroles, d’anciens gestes demeurent, par exemple celui de tailler court pour une bonne repousse, comme des balises. Le père toujours à portée de voix, de pensée et d’affection. « Je reviendrai te solliciter quelquefois ; t’évoquer ».  

Entre la vie et la mort, Corinne Le Lepvrier nous dit aussi comment l’être évolue peu, mêmes désirs, mêmes peurs, même besoin d’amour et d’attention. Le temps semble un infini présent, l’enfant s’inquiète de savoir si on peut redoubler son âge tandis que le père est toujours en train de mourir (« Toi mort mourant encore »). Ce printemps en répète d’autres et se renouvellera encore, pendant qu’enfant, femme et père défunt veillent les uns sur les autres. Comme les oiseaux qui voyagent à trois et jamais ne se percutent. Ni ne se quittent.

Frédérique Germanaud

l'atelier du passage

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une chronique de Bruno Normand,in Terre à Ciel, juillet 2014

http://www.terreaciel.net/Chroniques-de-Bruno-normand#.U8...

Se souhaiter comme corps, comme conscience satellite, le ciel, les oiseaux / nous sommes probablement nombreux à partager cela. Je le découvre une fois de plus avec Corinne Le Lepvrier. J’entends encore les mots de ce poète belge, (vivant à deux pas de La Louvière, le bled d’Achille Chavée) quand il s’agissait de commenter le bouquin de l’une ou de l’un d’entre nous : « on va se mettre de la crème Nivea sur la gueule ! ». Je dis cela prompt à dégainer le fameux pot, car j’ai rencontré cette auteure lors d’une lecture à la Librairie l’Embarcadère à Saint-Nazaire où elle vit, et j’ai découvert son livre :Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d’oiseaux - pour aider-) , j’adore ce titre ! Titre emprunté pour la première moitié à Arthur H / ainsi qu’à un ou deux mots près, à « l’époustouflant » Roberto Benigni, le metteur en scène et acteur du film du même titre, (pour rappel, transformant en jeu la captivité d’un père et de son fils, en apprentissage une épreuve). Quant à la seconde moitié (avec Néo et un peu d’oiseaux -pour aider-), c’est à l’image de ce que l’on va trouver dans ces pages, une vraie fraîcheur et surtout un ton, une manière nouvelle d’écrire, des trouvailles… 
Elle nous livre le récit d’une fin de vie, puis d’une perte, celle d’un père devenu des phrases, d’une perte consolée par la présence des oiseaux, justement.
Corinne Le Lepvrier s’offre d’écrire cela avec une très grande liberté ; elle raconte ce qui se termine, l’accompagnement, les allées et venues entre Brest et Saint-Nazaire : […] c’était nous et la tâche immense à accomplir / mourir ; c’était nous et la tâche immense à accomplir, vivre […].
Ce qui se commence. Entre les paroles d’amour qu’on donne à l’un et qu’on reçoit de l’autre, entrelacés, les mots d’un fils pour sa mère, de son fils : Néo a demandé : quand on meurt est-ce qu’on est tout nu ?, / […] Néo a dit ce serait moins triste si on mourrait tous en même temps, ceux d’une amie : apprivoiser sa disparition ; un peu comme on le ferait avec un petit animal, un oiseau ? Enlacés, les siens : (Enceinte, on voit des femmes enceintes) ; toi mort, du coup je vois des oiseaux partout. Ce sont les mots d’une fille pour son père, cela a quelque chose de très touchant : je viendrai te solliciter quelquefois, t’évoquer / […] ta voix qui disait mon prénom me nommait / […] toi à la volée. C’est magnifique, on parle d’oiseau et non d’un mort, et cela encore : Partagerons-nous un silence ? / […] écrire ce que je ne perdrai pas / […] t’entourer de mots, comme pour te former un cocon, […] / le temps d’être un être. On le voit là, Corinne Le Lepvrier a l’art de la formule. Le deuil s’écrit ainsi avec l’aide du ciel. A un moment c’est aussi d’une éclaircie que viendront ces phrases : De nouveau tu n’es pas que mort, / […] quand je te cherche : je cherche Dieu ; ça commence à fonctionner ensemble […] j’écris puisque tu es mort j’écris maintenant que tu es mort, j’écris que tu es mort ; / j’écris m’aime que tu es mort. 
Corinne Le Lepvrier offre une voix à l’invisible, là : Nous continuer nous continuerons / […] nous pourrons évoquer les oiseaux si tu veux 
/ offre à ses fantômes d’être en elle / à l’absent d’être des ailes, du vivant : un corps qui se déplie, qui s’ouvre, se découvre par l’écriture. En la lisant j’entends sa petite musique. Ce qui aurait pu tourner à l’obsession se transforme en une douce ritournelle, par l’utilisation, la répétition rassurante de quelques mots. Nul doute que son envie d’être au monde plus encore, sa soif d’être désormais là pour deux, pour trois… pour abriter les siens, l’amène à nous surprendre. D’elle, je le crois vraiment, pourrait venir un livre différent, « un livre à venir ». 

 

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une note de lecture de Lucien Wasselin, in recours au poème sommaire 98

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/pourquoi-la-vie-est-si-belle-de-corinne-le-lepvrier/lucien-wasselin#sthash.sWdJ4BTc.dpuf

 

Apprivoiser la douleur : c'est ce à quoi nous sommes condamnés quand disparaît un être cher. Corinne Le Lepvrier n'écrit pas des poèmes mais quelque chose qui ressemble à un journal où se mêlent l'agonie et la mort du père, la mort comme  ses alentours et la vie qui reste, les souvenirs, le passé et le présent, le paysage, les oiseaux… La langue se fait volontiers prosaïque, voire technique pour mieux décrire le vécu : "C'était asthénie hypoxémie agueusie anosmie amnésie stéréotypie aphasie…" Ailleurs, elle est heurtée, on a une curieuse impression d'ellipse due à la juxtaposition de bribes de phrases sans leur lien syntaxique attendu… Comme pour mieux capter les sentiments et les souvenirs qui s'entrechoquent. Et tout au long du livre, les faits objectifs du présent se mêlent à ceux du passé qui ont pris forme de souvenirs. Viennent s'y ajouter les réflexions sur la langue et sur l'écriture, ça fait un va et vient incessant entre la douleur et la périphérie lointaine de la vie de Corinne Le Lepvrier. L'aide que cette dernière trouve pour supporter (?) cette disparition et la douleur qui en est la conséquence vient de l'enfant, Néo, qui découvre le monde (et sans doute la mort et la douleur des "grands") et qui interroge sa mère, parfois naïvement : "Pourquoi on dirait pas telle mère tel fils ?" et des oiseaux qui sont une référence absolue. De ces réalités, qui sont sources d'émerveillement, va naître le sentiment de la beauté de la vie, sentiment qui est d'abord refusé alors que Corinne Le Lepvrier est parfaitement consciente de ce qui la pousse à écrire, cette nécessité qu'elle finit par nommer : "Écrire ce recueil ; te recueillir, me recueillir". Même si elle ne cesse de s'interroger : "Pourquoi la vie est si belle ?" Jusqu'à l'acceptation finale de cette beauté qui est aussi celle du monde (en dépit de ses laideurs), acceptation qui est l'occasion de poser de nouvelles questions comme : "Écrirai-je un jour pourquoi la vie est si belle sans recours à Néo et aux oiseaux ?" Ce long monologue n'est finalement que l'occasion de dire la beauté de la vie, malgré tout. La mort du père (ou de la mère) est le moment soigneusement enfoui où l'on redevient un enfant, où l'on se rend compte qu'on n'a jamais cessé d'être un enfant, qui a certes grandi… Mais pour quoi ? sinon pour se confronter à son tour à la mort.

 

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un extrait sélectionné par Angèle Paoli, in Terres de femmes n°110, janvier 2014

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2014/01/corinne-le-lepvrier-je-me-suis-arr%C3%AAt%C3%A9e-je-tourne-%C3%A0-vide.html

 

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« (…) et ce n'est pas seulement ses toutes ces pages, c'est la lenteur longueur silences entre les mots comme ils se touchent et ne s'éloignent, car c'est l'émotion de qui lit. (…) livre oiseaux chairs (…) comme cet envolé et dans son dedans de sa transparence, de ses lignes tout uniquement personnellement jointes détachées jointes (…) il et elle et l’auteure, et enfant, y sont tout uniment (…) ce livre sans pareil, sans extérieur sauf ciel (…) poésie unique dans pourquoi la vie est belle. » (Jacques Estager)

 

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une lecture de Jacques Estager, in les Carnets d'Eucharis n°40 (hiver 2014) 

http://www.calameo.com/read/000037071956dd2571576

 

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parmi les 6 manuscrits finalistes du Prix des Trouvères 2012. Le prix Jeanne Maillet est allé à Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d'oiseaux -pour aider-.(Jean Le Boël)

« (…) de toute sa force, sans cloisonnement, presque de chair de parole, à écoute totale. Etre, en quelque sorte, un pont, un lieu de passage, (…) le souhait de faire éclore chez l’écoutant ses propres émotions. Une plongée à vif dans le vécu.  Les mots attrapés, saisis au vol (l’oiseau) pour intérioriser cette impuissance à dire. (Jeanne Maillet, mention spéciale prix de la Poésie de la Ville du Touquet, 2012)

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2014.05.07

-un brin- mélancolique

© -un brin- mélancolique, recueil de poèmes paru en mai 2014, La Porte

 

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  Ce que je cherche c'est un monde, Hölderlin

 

extraits

 

; j'ai fini par commencer à ; écrire ; une fin en soi)

 

; cligne tes yeux autant que nécessaire ; entrouvre les arbres et regarde le lac bleuté, regarde le ciel de ta nuit et les étoiles s'unissant, laisse apparaitre la forme qui se veut, laisse apparaitre sa course ; puis saisis la bougie et garde sa flamme, saisis le mouchoir tombé à terre dans l'autre de tes paumes, serre le autant que nécessaire, mets-le dans ta bouche, avale le ; les viscères noircissent et le feu prend à ton lit, fumée en nuages ira s'accrocher à la lune ; survole et regarde les animaux agités de leurs mouvements, ta maison, la cloche sonne, on t'appelle, reste en dehors de ta maison, regarde les plaques de la terre trembler et l'éclair qui les brise ; saisis des morceaux de roches, mets les dans tes poches, gonfle en ta robe autant que nécessaire, refais tes lacets, va marcher dans l'eau du lac

 

; écrire ; tomber de haut -de soi- saisi uni -un instant- et s'user -à chaque fois- aux recommencements de s'élever ; verticale entichée d'une promesse sombre)

 

 

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Les éditions “La Porte” d'Yves Perrine proposent des recueils -assemblés cousus mains- de quelques 16 ou 24 pages, au format 10X14 et à la jaquette toujours beige. Avec toujours une prédilection pour les textes brefs et de qualité, qu'il distille six fois par an par abonnement. Chaque recueil est tiré à 200 exemplaires et reste disponible au prix de 3 euros à l'adresse d'Yves Perrine

 

3,75 euros

les 6 numéros annuels 18

Commande : Editions La Porte

 Yves Perrine, 215 rue Moise Bodhuin, 02000 Laon

  

2013.12.02

plaquette / Non ; plutôt deux fois qu'une / éditions Asphodèle

© Non ; plutôt deux fois qu'une, coll. confettis, octobre 2013

 

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 extraits

 

 

contre les prédispositions

contre les pépinières de talents

contre les usages

contre l'ustensile

contre le vote utile

contre moyennant

contre la moyenne

contre le ventre mou

contre la coloscopie

contre les soins sans bénéfices

contre savoir sans entrailles

contre la coupure

 ...

      ***

 

... ; je ne m'intéresse pas à leurs bêtes, à leurs chiens, à leurs assiettes pleines, à leur grande gueule, à leurs muscles, à leurs maillots de bain ; les corps des hommes ne m'intéressent pas, leur nature -en scène-, leur fonction, la parole des hommes, I'm not interested at all no thanks, la destinée des hommes ne m'intéresse pas, la destinée ne m'intéresse pas, je n'y crois pas ; y ai-je cru un jour ? (h)or(s) je n'ai rien d'autre à être humaine, (h)or(s) je n'ai pas d'ailleurs d'ici où aller, (h)or(s) j'écris je pars je reste ; peut-être aurais-je pu davantage en leur ferveur leur douceur, en leurs sandales en lambeaux, en leurs textes

 

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10X15

10 pages

ISBN : 978-2-918329-40-4

2 euros

Commande : Asphodèle-éditions,23 rue de la Matrasserie 44340 Bouguenais  
02 40 26 93 47
  asphodele-edition@orange.fr

2013.07.10

recueil / langues je viens / éditions La porte

© langues je viens, petite prose poétique, Editions La porte, mai 2013

 

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je viens d’Andersen et d'un hibou aux grands yeux

je suis la petite fille aux allumettes

je suis une sirène

 

je viens de la langue des villes qui ne se reconstruisent pas

de la langue de Brest-même ce qu'il en reste

je viens de la langue des troquets et des bastons

langues qui boivent langues en recherche d’ivresses                                   liquides bordant l'océan langues qui                              tangent

et je leur tire la langue

 

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Une note de lecture de Cécile Guivarc'h (site Terre à ciel)

Comme on parle de langue, celle de Corinne Le Lepvrier arrive à point, avec Langues / je viens. Ici nous sommes en plein dans la question de la langue, celle d’où l’on vient, des origines, du pays d’où l’on vient, de nos ancêtres, du père, de la mère, celle qui vient des contes, des histoires, de l’histoire, des livres, de l’amour, de la maternité, des malentendus. Corinne Le Lepvrier tourne et retourne la langue comme si elle cherchait à la faire venir à elle ou à la fouiller pour y découvrir quelques secrets cachés : « je suis une langue qui quitte et recommence ». La langue de l’enfance n’est pas oubliée avec Andersen ou l’utilisation de formules plus enfantines : « je leur tire la langue ». En plus d’être une langue qui fouille, celle de Corinne Le Lepvrier se construit de recueils en recueils, « je fabrique une langue » on n’a pas fini de l’entendre parler !

"je cherche une langue à vivre et à mourir
 / je cherche une langue à ne pas écrire / une langue limitée à ce qu'elle est / je cherche une langue sans mots / une langue faite d’eaux triangles d’oiseaux au bord d’une feuille pointe d’un champ de tournesols / j’espère une langue à côté de la langue
 / je désire nos langues en dehors de nos bouches / une langue tendue entre les cordes de mes seins"

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16 pages

3,75 euros

Commande : Editions La Porte

 Yves Perrine, 215 rue Moise Bodhuin, 02000 Laon

les 6 numéros annuels 18

Publié dans langues je viens